Les vertus du piment

Jul 27, 2018 par

D’Espellete, de Cayenne, Oiseau, Jalapeño ou de Kabylie…les piments du genre Capsicum sont cultivés dans plus de 60 pays à travers le monde pour le plus grand bonheur de nos papilles. Hormis son utilisation culinaire, le piment est de plus en plus employé à des fins thérapeutiques depuis une dizaine d’années. Focus sur ses propriétés bénéfiques pour l’organisme.

vertus piment

Du piment dans l’assiette, une tradition culinaire non hasardeuse

Le piment donne du piquant et de la couleur aux sauces et aux plats mais il apporte également des avantages pour la digestion et la résistance aux fortes chaleurs.

En effet, sa consommation provoque :

  • Une forte salivation et une stimulation des muqueuses de la bouche, de l’estomac et de l’intestin qui vont accélérer la digestion ;
  • Une transpirationqui va permettre de faire baisser la température corporelle ;
  • L’augmentation de la satiété.

De plus, une cuisine plus ou moins pimentée va permettre au cholestérol de type LDL (mauvais cholestérol) de moins s’oxyder. Ce phénomène va retarder l’apparition de mauvais cholestérol responsable de maladies cardio-vasculaires.

La tradition culinaire consistant à épicer et pimenter les plats permet également de mieux contrôler la contamination microbienne de plats cuisinés avec des ingrédients peu ou pas réfrigérés. Ainsi, il a été démontré que la molécule capsaïcine contenue dans les piments possède un effet inhibiteur sur la croissance des Helicobacter pilori.

À savoir ! Helicobacter pylori est responsable d’ulcères de l’estomac et de cancer de l’estomac. La bactérie infecte environ 50% de la population mondiale avec une répartition géographique inégale (75% en Afrique, Asie et Amérique latine et 35% en Europe). En France, 20% à 30% de la population adulte est infectée, et 5 à 10% des enfants. Les facteurs de risque sont la voie de contamination orale parents-enfants et les mauvaises conditions d’hygiène (dormir dans le même lit,  manger dans le même plat avec les mains).

La capsaïcine boosterait la perte de poids

Récemment, une étude préclinique parue dans la revue Biophysical journal et menée par le Dr Thyagarajan de l’université américaine du Wyoming a montré que le composé actif qui donne aux piments forts leur piquant, la capsaïcine, serait efficace pour traiter l’obésité.

À savoir ! La capsaïcine est une molécule présent dans les piments appartenant au genre Capsicum. Sa concentration varie de 0,1 % à 1 %. C’est une molécule irritante qui est responsable du piquant des piments (mesuré avec l’échelle de Scoville) et insoluble dans l’eau. Elle a des propriétés anti-oxydantes

Après avoir mis au point la métabocine, un médicament qui libère la capsaïcine lentement sur une période de 24 heures, ils l’ont administré oralement à des souris souffrant d’obésité.

Résultats après 8 mois de traitement ?

En activant des récepteurs cellulaires de type TRPV1, la capsaïcine favoriserait le catabolisme des graisses contenues dans les adipocytes au détriment de leur stockage.

À savoir ! TRPV1 (transient receptor potential vanilloid type 1) est un canal qui, en réponse à un stimulus, fait rentrer des ions calcium et sodium à l’intérieur de la cellule. Ce récepteur est exprimé par les neurones sensitifs de certains ganglions rachidiens. TRPV1 est stimulé par des facteurs agissant directement sur le canal, tels qu’une température ressentie comme douloureuse (> 43 °C), un milieu extracellulaire acide, des molécules inflammatoires ou la fixation de capsaïcine.

“Nous avons observé, chez les souris, une perte de poids et des améliorations du taux de sucre et de cholestérol sanguin, de leur réponse à l’insuline et de leurs symptômes liés à la stéatose hépatique” souligne le superviseur de l’étude dans un communiqué de presse.

Cependant, les chercheurs mettent en garde quant à la consommation excessive de piment et soulignent que la capsaïcine, comme on la trouve dans les piments et les aliments épicés, est difficilement absorbée par l’estomac et que son mode d’action n’est pas le même que leur médicament.

De plus, les instituts nationaux de santé avertissent que “l’ingestion lourde de piment peut être associée à un reflux gastro-oesophagien, une nécrose, une ulcération, et même une cancérogenèse au niveau des voies digestives”.

Après ces premiers résultats encourageants sur l’animal, des études cliniques vont être entreprises pour tester l’efficacité de cette métabocine.

Des vertus anti-douleur encore à explorer

Comme elle permet une désensibilisation des récepteurs de la douleur, la capsaïcine a été intégrée dans des patches cutanés (à hauteur de 8%, soit 100 fois plus concentré que dans les crèmes conventionnelles) pour traiter la douleur chronique neuropathique de l’adulte.

En passant en revue 8 études cliniques sur le sujet incluant 2488 participants, des chercheurs anglais mettent en évidence que :

  • Après application sur la peau (région du corps souvent anesthésiée), la capsaïcine entraîne une sensibilité accrue, suivie d’une période de sensibilité réduite puis on observe une désensibilisation persistante après des applications répétées.
  • Les avantages du traitement durent entre 8 à 12 semaines ;
  • Entre 3 % et 5 % d’effets indésirables sont relevés ;
  • La capsaïcine utilisée à haute dose pour traiter la névralgie post-herpétique (complications douloureuses consécutives à un zona), la neuropathie liée au SIDA et la neuropathie diabétique a un effet thérapeutique diminuant l’intensité de la douleur ;

D’autres propriétés des molécules contenues dans les piments sont à l’étude. L’arthrite, l’arthrose et certaines maladies auto-immunes (psoriasis) pourraient également bénéficier des avantages de ce condiment hors-norme !

Julie P., Journaliste scientifique

– Hot pepper compound may reduce obesity. Medical News Today. A.Sandoiu. Consulté le 24 juillet 2018.
– L’étrange et dangereuse bactérie Helicobacter pylori. Science et Avenir. C. Chatelain. Consulté le 25 juillet 2018.
– Topical capsaicin (high concentration) for chronic neuropathic pain in adults. NCBI. S. Derry et al. Consulté le 25 juillet 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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