Publicités pour aliments gras, salés et sucrés : Comment protéger les enfants ?

Juil 10, 2020 par

Epidémie planétaire silencieuse, l’obésité infantile représente un problème capital de santé publique. Consciente de la progression de cette maladie, l’agence Santé Publique France vient de publier les résultats d’une enquête sur l’exposition des enfants et des adolescents à la publicité des produits alimentaires gras, salés et sucrés. Elle recommande notamment de limiter les communications commerciales pour les aliments à faible qualité nutritionnelle aux heures de télévision les plus visionnées par les enfants.

3 enfants assis sur le canapé en mangeant de la pizza

L’obésité infantile en France

L’obésité infantile est une maladie en lien direct avec les récentes évolutions de notre mode de vie moderne. Résultant d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques, l’obésité se caractérise par un IMC (Indice de Masse Corporelle) supérieur à 30 avec une inflation des réserves stockées dans le tissu graisseux. Plusieurs facteurs sont en cause :

  • La consommation accrue d’aliments très énergétiques à haute teneur en graisses et en sucres et pauvres en vitamines et minéraux (barres chocolatées, biscuits industriels etc…)
  • La diminution de l’exercice physique avec des loisirs de plus en plus sédentaires et un temps prolongé devant les écrans.

En 2016, plus de 41 millions d’enfants présentaient un problème de surpoids, avec le risque de souffrir plus précocement de diabète et de maladies cardio-vasculaires. C’est dire combien la lutte contre l’obésité infantile représente un enjeu capital de santé publique. Des efforts et actions préventives sont d’ailleurs mises en place régulièrement par les pouvoirs publics afin de faire changer les comportements et les mauvaises habitudes alimentaires. Mais cette lutte doit aussi forcément passer par la protection des enfants et adolescents face à la surexposition publicitaire et ses incitations fortes et répétées à consommer des aliments trop gras, trop sucrés et trop salés.

Dans ce contexte de surpoids et d’obésité infantile, Santé Publique France, saisie par la Direction générale de la santé (DGS), publie les résultats de son enquête sur l’exposition des enfants et des adolescents à la publicité des produits alimentaires peu sains.

Les enseignements de l’enquête de Santé Publique France

L’offre alimentaire a considérablement changé ces dernières décennies avec des produits industriels toujours plus transformés, plus denses en énergie, moins chers et mieux marquetés. C’est dire combien ces changements ont pu bouleverser les habitudes alimentaires des français et des jeunes générations.

A l’occasion de son enquête, Santé Publique France a fait le calcul du nombre de publicités télévisées pour les produits gras, sucrés et salés, visionnées par les enfants et les adolescents en 2015 et en 2018. L’agence s’est également appuyée sur des données relatives à l’évolution des équipements et des usages médias, ainsi qu’aux investissements publicitaires dépensés pour la promotion de ces aliments en 2012, 2015 et 2018.

Il en ressort les enseignements suivants :

  • Enfants de 4 à 12 ans : 1h28 de télévision et 53 min d’internet par jour / Adolescents : 1h12 de télévision et 2h d’internet par jour.
  • Augmentation du temps quotidien de publicités visionnées entre 2012 et 2018 : de 7 à 9 minutes par jour.
  • Montant des investissements publicitaires alimentaires sur l’ensemble des médias : 1,1 milliard d’euros nets.
  • 1/3 de ces investissements concerne les produits de restauration rapide, les chocolats et les boissons sucrées.
  • Les publicités vues à la télévision par les enfants et les adolescents concernent majoritairement des produits de Nutri-Score D et E c’est-à-dire ceux présentant la plus faible qualité nutritionnelle.
  • 50% des publicités pour des produits Nutri-Score D et E à destinations des enfants et des adolescents sont visionnées entre 19h00 et 22h00, heure où plus de 20 % d’entre eux regardent la télévision.

S’agissant des publicités diffusées sur les sites internet et les différents réseaux sociaux fréquentés par les enfants et adolescents,  il s’avère aujourd’hui impossible  de les quantifier vu le peu de données déclarées sur les investissements et les cibles. L’estimation de l’exposition des jeunes au marketing digital en est donc encore à ses balbutiements.

Les recommandations de Santé Publique France

Le rapport d’enquête de Santé Publique France rappelle que des études scientifiques indépendantes s’accordent sur la nécessité de réglementer efficacement le marketing des produits alimentaires peu sains à destination des jeunes afin de prévenir l’obésité infantile Cet encadrement de la publicité, préconisé par des instances telles que l’OMS ou le Haut Conseil de la Santé Publique est d’autant plus crucial que les enfants sont particulièrement perméables aux messages véhiculés par les publicités.

Au vu des résultats de son enquête, Santé publique France émet donc les recommandations suivantes :

  • Limiter les communications commerciales pour les produits de plus faible qualité nutritionnelle (classés D et E selon le Nutri-Score).
  • Limiter les communications commerciales pour ces produits aux heures les plus regardées par les enfants.
  • Adapter le dispositif des messages sanitaires figurant au bas des publicités pour les produits alimentaires gras, sucrés et salés. Par exemple en dissociant les messages sanitaires des annonces publicitaires elles-mêmes.

En outre, l’augmentation du temps passé sur Internet par les enfants et les adolescents suggère que leur exposition aux publicités pour les produits gras, salés et sucrés est bien plus importante. Bien qu’à ce jour, cette exposition reste impossible à mesurer, son encadrement semble tout aussi nécessaire.

 Déborah L., Docteur en Pharmacie

– Comment limiter le marketing alimentaire, en particulier pour les produits gras, sucrés, salés en direction des enfants et des adolescents ? SANTE PUBLIQUE FRANCE. Consulté le 5 juillet 2020.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue.
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